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Atlas Social de Caen

De l'agglomération à la métropole ?

Les élections, miroir des inégalités dans la commune de Caen

par Jean Rivière

planche publiée le 27 avril 2021

L’élection présidentielle de 2017 a mis en compétition des candidats portant des projets de société très différents en matière de valeurs et de modalités de partage des richesses. L’analyse de ces résultats à l’échelle fine des bureaux de vote révèle une mosaïque électorale qui reflète les clivages sociaux qui structurent la ville.

1Les dynamiques de peuplement des centres des aires urbaines françaises, qui concentrent les fractions aisées des classes moyennes et les classes supérieures, ainsi que les jeunes adultes les plus diplômés, font des espaces urbains centraux des contextes électoraux spécifiques. Si le corps électoral français était à l’image des Caennais qui sont allés voter lors du 1er tour du scrutin présidentiel de 2017, le second tour n’aurait d’ailleurs pas opposé E. Macron à M. Le Pen, mais à J.-L. Mélenchon. L’ensemble des candidats de gauche et E. Macron ont en effet recueilli des scores plus élevés dans les espaces urbains centraux, alors qu’à l’inverse, la candidate d’extrême droite y a réalisé un score deux fois moins élevé que la moyenne nationale (8,2 % des électeurs à Caen, contre 16,1 % en France).

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Graphique : J. Rivère et S. Charrier

Replacer Caen au regard des tendances nationales

2L’espace caennais est cependant loin de constituer un ensemble homogène, comme le montre une typologie construite à l’échelle des 56 bureaux de vote de la ville. Cette analyse permet de distinguer six types de bureaux selon les profils électoraux de leurs habitants, que l’on peut regrouper pour simplifier en trois groupes : les beaux quartiers, les espaces intermédiaires (géographiquement et sociologiquement) et les quartiers populaires.

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Carte : J. Rivère et S. Charrier, novembre 2019

La mosaïque électorale des quartiers caennais

Les beaux quartiers

3Le premier groupe dessine les contours des « beaux quartiers » caennais, dont les habitants savent se muer en classe mobilisée pour défendre leurs intérêts dans les urnes, en l’occurrence en choisissant de voter pour F. Fillon ou E. Macron. Localisés à l’ouest de la ville autour de Venoix, ou au centre à proximité du jardin des Plantes, à Hastings ou à la Haie Vigné, les bureaux de vote du type A1 sont cex où les candidats de droite bénéficient de leurs meilleurs scores. Un peu moins favorables à F. Fillon, tout en restant orientés à droite, les bureaux du profil A2 sont situés à proximité immédiate de ces secteurs. Dans l’ensemble, c’est dans ces quartiers que l’on trouve les proportions les plus élevées d’habitants en position dominante dans les hiérarchies sociodémographiques (populations de plus de 55 ans, diplômés de l’enseignement supérieur), socioprofessionnelles (cadres et professions intellectuelles supérieures) et résidentielles (propriétaires de leur logement).

Les secteurs intermédiaires

4Le deuxième ensemble regroupe des secteurs intermédiaires dont le profil électoral est moins tranché, et qui sont aussi sociologiquement plus mixtes et hétérogènes. Les bureaux de type B1 couvrent une large partie du centre et de la rive gauche de l’Orne, avec des orientations électorales proches de celles du type A2 et des votes à gauche dans la moyenne caennaise. Issus de mondes sociaux favorisés proches de ceux décrits jusque-là, les habitants de ces quartiers centraux sont en revanche nettement plus jeunes et plus souvent locataires du parc privé de logements. Concentrés rive droite autour du boulevard Leroy et du quartier de la Demi-Lune, les bureaux du groupe B2 sont ceux où les candidats de gauche sont le mieux implantés. Leurs habitants sont aussi plus fréquemment issus du bas des classes moyennes et des classes populaires, et en moyenne plus âgés que ceux du profil B1.

Les quartiers populaires

5Enfin, la troisième composante du paysage électoral caennais renvoie aux principaux quartiers populaires de grands ensembles et à leurs abords. C’est en effet à la Guérinière, à la Grâce de Dieu, au Chemin Vert ou à la Pierre Heuzé que l’on retrouve les bureaux du type C2, qui se distinguent par une abstention et des votes pour M. Le Pen très supérieurs à la moyenne caennaise. Les positions dominées de ces habitants dans les hiérarchies du monde du travail (plus de la moitié sont employés, ouvriers ou chômeurs) et les modalités de leur ancrage résidentiel (80 % sont locataires du parc HLM, 40 % des habitants sont dans le même quartier depuis plus de dix ans) permettent largement de comprendre leur éloignement ou leur ressentiment vis-à-vis de l’institution électorale. Autour de ces quartiers les plus populaires, par exemple à la Folie Couvrechef, les bureaux du profil C1 correspondent au même type de caractéristiques sociales et électorales, mais de manière beaucoup moins prononcée.

6Cette exploration de la mosaïque électorale des quartiers caennais vient conforter l’idée selon laquelle une élection présidentielle est un moment d’actualisation dans les urnes des positions et des trajectoires sociales des citadins, montrant ainsi une facette importante des inégalités sociales.

Pour citer ce document

Jean Rivière, 2021 : « Les élections, miroir des inégalités dans la commune de Caen », in Atlas Social de Caen [En ligne], ISSN : 2779-654X, mis à jour le : 27/04/2021, URL : https://atlas-social-de-caen.fr:443/index.php?id=675, DOI : en attente.

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Bibliographie

Batardy C., Bellanger E., Rivière J., Présidentielles 2017. Les votes des grandes villes au microscope, Métropolitiques, 9mai 2017. https://metropolitiques.eu/Presidentielle-2017-Les-votes-des-grandes-villes-au-microscope.html

Braconnier C., Coulmont B., Dormagen J.-Y, Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes de la participation électorale. Chute de la participation et augmentation des inégalités électorales au printemps 2017, Revue française de science politique, vol. 67, n°6, 2017, p. 1023-1040. https://doi.org/10.3917/rfsp.676.1023

Rivière J., L'espace électoral des grandes villes françaises. Votes et structures sociales intra-urbaines lors du scrutin présidentiel de 2017, Revue Française de Science Politique, vol 67, n°6, 2017, p. 1041-1065. https://doi.org/10.3917/rfsp.676.1041

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Jean Rivière

Maître de conférences en Géographie, Université de Nantes – IGARUN, UMR 6590 Espaces et Sociétés (ESO)

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Simon Charrier

Cartographe, Université de Nantes – IGARUN

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Résumé

L’élection présidentielle de 2017 a mis en compétition des candidats portant des projets de société très différents en matière de valeurs et de modalités de partage des richesses. L’analyse de ces résultats à l’échelle fine des bureaux de vote révèle une mosaïque électorale qui reflète les clivages sociaux qui structurent la ville.

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