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Atlas Social de Caen

De l'agglomération à la métropole ?

Les prisons caennaises, lieux d’exclusion et de réinsertion ?

par Anne Le Roux et Laura Pauchard

planche publiée le 22 septembre 2020

La prison est une peine géographique par nature, un dispositif géographique et architectural qui vise à mettre à distance et à punir. Mais c’est aussi un espace qui doit permettre la réinsertion et éviter la récidive. Les prisons sont des lieux au cœur d’un paradoxe : concilier isolement, exclusion et contacts avec l’extérieur en vue de la réinsertion.

Centre pénitentiaire et maison d’arrêt

1Caen compte deux prisons, le centre pénitentiaire et la maison d’arrêt, dont l’originalité réside dans leur localisation intra-urbaine, dans un quartier résidentiel. Ces deux prisons sont très accessibles.

Localisation des prisons à Caen

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2Le centre pénitentiaire s’étend sur dix-neuf ha à l’emplacement d’une ancienne léproserie dite « Maladrerie » fondée en 1160, transformée en dépôt de mendicité puis convertie en prison au fil des siècles. Officialisée centre pénitentiaire pour longues peines en 2000, la « prison Beaulieu » se situe à proximité. Elle a été classée monument historique pour son architecture néo-classique. En 2017, on y compte 392 personnes, dont l’âge moyen est supérieur à 45 ans : une population vieillissante et souvent handicapée. La majorité des personnes détenues purgent des peines allant de 15 ou 20 ans tandis que 27 personnes sont condamnées à perpétuité. Tous les ans, on mesure un flux moyen de 250 personnes détenues qui entrent ou qui sortent. Chaque personne dispose d’une cellule individuelle.

Organisation spatiale du centre pénitentiaire de Caen

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3Chargée d’histoire elle aussi, la maison d’arrêt a été construite à la fin 19 ème siècle à seulement 500 mètres du centre pénitentiaire. On y recense 269 places disponibles mais le taux d’occupation moyen est de 180 % pour les 222 places réservées aux hommes. Il s’agit de personnes en attente de jugement ou condamnées à des peines courtes. En moyenne, 427 personnes sont écrouées chaque mois. Déclarée vétuste et en sureffectif, générant des nuisances sonores, la maison d’arrêt sera détruite et remplacée en 2021 par une nouvelle prison située en périphérie sud, à Ifs, libérant 20 ha d’emprise foncière.

La future maison d’arrêt

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Des lieux fermés et ouverts

4Les personnels pénitentiaires (direction, surveillants, personnels administratifs et techniques, psychologues) totalisent, en 2017, 190 personnes pour le centre pénitentiaire et 121 pour la maison d’arrêt, auxquels il faut ajouter les conseillers d’insertion et de probation. De nombreuses autres personnes se rendent dans ces prisons : les familles, les enseignants, les soignants et aumôniers, les bénévoles - dont les visiteurs de prison. S’y ajoutent les personnes qui viennent livrer des marchandises ou des entreprises diverses. Si les prisons sont des espaces fermés, en dehors du temps et de l’espace de la société, elles sont pourtant rythmées par des interactions entre le dedans et le dehors : liens avec l’hôpital, les forces de l’ordre, le tribunal, la mairie (état civil, mariage, décès, vote), les fournisseurs, les lieux de réinsertion (foyers, chantiers, organismes de formation), etc.

La proximité des habitations au centre pénitentiaire, Rue Robert Kaskoreff (février 2020).

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5Il s’agit donc de territoires ambivalents et contradictoires, à la fois fermés et ouverts. Chacune de ces deux prisons est ainsi un espace social fragmenté et discontinu entre le dedans et le dehors, l’intérieur et l’extérieur, dont la porosité matérielle et spatiale est contrôlée, segmentée, organisée. Enfin, il convient de signaler que de nombreux riverains sont les acteurs permanents du voisinage. Confrontés à la symbolique négative de la prison et des personnes détenues, les riverains s’accoutument de cette proximité au fil des années. Une preuve : les prix de l’immobilier, mesurés dans les environs au gré des transactions immobilières, demeurent stables.

Pour citer ce document

Anne Le Roux et Laura Pauchard, 2020 : « Les prisons caennaises, lieux d’exclusion et de réinsertion ? », in Atlas Social de Caen [En ligne], ISSN : en cours, mis à jour le : 23/09/2020, URL : http://atlas-social-de-caen.fr/index.php?id=398, DOI: en attente.

Bibliographie

A ssociation Démosthène , l’atelier « Prison », Parce qu’ils sortiront un jour. L’insertion postpénale des personnes détenues. Un défi citoyen, Caen, Association Démosthène, 2016.www.demosthene.asso.fr

C holet D. (dir.), Les nouvelles prisons. Enquête sur le nouvel univers carcéral français, Rennes, PUR, Coll. Essais, 2015.

M ilhaud O. Séparer et punir. Une géographie des prisons françaises, Paris, CNRS Editions, 2017.

http://www.criminocorpus.cnrs.fr (Histoire Pénitentiaire)

Mots-clefs

Index géographique

  • Ifs
  • Maladrerie (Quartier de la)

Anne Le Roux

Professeure honoraire de Géographie (UNICAEN), visiteuse de prison.

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Anne Le Roux

Résumé

La prison est une peine géographique par nature, un dispositif géographique et architectural qui vise à mettre à distance et à punir. Mais c’est aussi un espace qui doit permettre la réinsertion et éviter la récidive. Les prisons sont des lieux au cœur d’un paradoxe : concilier isolement, exclusion et contacts avec l’extérieur en vue de la réinsertion.

Annexes (1)