Atlas Social de Caen

De l'agglomération à la métropole ?

De la ville de Caen au District du grand Caen (1973-2002) : une nouvelle échelle géographique pour de nouvelles ambitions ?

par Robert Hérin et Laura Pauchard

planche publiée le 13 mai 2022

En 1954, la commune de Caen est en pleine reconstruction. Elle compte 67 900 habitants. En 1951, le territoire de la Guérinière, qui dépendait jusqu’alors de la commune de Cormelles-le-Royal, est rattaché à Caen. Puis en 1952, c’est la commune de Venoix qui intègre à son tour la commune de Caen. Suivront des aménagements de limites communales avec Fleury-sur-Orne, Cormelles-le-Royal puis Hérouville-Saint-Clair. Ces modifications de périmètres politiques et administratifs très locaux ne sont que le début d’une phase historique d’extension, continue, des échelles géographiques de gestion et d’aménagement, qui n’est toujours pas achevée.

Une effervescence démographique et économique

1En 1962, la reconstruction s’achève et Caen totalise 91 000 habitants. C’est alors l’une des villes françaises parmi les plus dynamiques concernant sa démographique : un gain de plus 20 000 habitants entre 1954 et 1962, de 19 000 entre 1962 et 1968, puis encore de 9 000 habitants entre 1968 et 1975. Se cumulent, pendant ces années, l’arrivée de grandes entreprises industrielles, les débuts des grandes surfaces commerciales et la multiplication des emplois dans les activités du secteur tertiaire. C’est aussi au cours de ces années que les grands ensembles d’habitat social sortent de terre dans les quartiers périphériques. Caen attire une population à majorité de jeunes adultes, principalement bas-normands, ainsi que des étrangers, qui trouvent emplois et logements dans la ville et les communes limitrophes. Les soldes migratoires et naturels, largement positifs, donnent la mesure de cette croissance démographique.

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Carte : Turbout F., Pauchard L., Clément M.

De la ville de Caen au District du grand Caen

« Caen, dans les années 1960 et 1970, est une ville en pleine expansion à laquelle rien ne semble manquer… Il suffit d’énumérer pour y croire encore… la reconstruction réussie, le patrimoine architectural de plusieurs siècles en grande partie sauvegardé, le château, les églises, les abbayes ducales comme parures, l’Université renaissante sur les hauteurs du Gaillon, la démographie dynamique, les grandes décentralisations industrielles assurant le plein emploi, les magasins à grande surface à la périphérie, Hérouville-Saint-Clair, la ville nouvelle, les communes voisines en plein essor, une agglomération atteignant presque 200 000 habitants, un urbanisme moderne, fonctionnel, l’essor du théâtre, le développement des musées, des modes de vie nouveaux, des étudiants dans les rues, des ouvriers et des ouvrières, des employés, cette foule innombrable et plutôt heureuse que l’on appelle les classes moyennes. Caen se comparait alors à Grenoble […] Caen moderne des « trente glorieuses », ville heureuse… Elle transforme en succès et en progrès ce qui n’était auparavant qu’esquisses ou même le contraire. Elle sert de médiateur entre une région restée profondément traditionnelle, figée sur elle-même, stagnante ou même en régression, et un monde extérieur qui va son train au rythme d’une force croissance. Elle est poussée par une renaissance née de la guerre et sur un champ de ruines, avec un air de liberté et un appétit de progrès qu’elle ne connaissait guère auparavant »

Source : Armand Frémont, 2000, Caen une ville, un siècle (Préface), in : Desquesnes R. et al., Caen 1900-2000, un siècle de vie, Éditions des Falaises, p 6-7.

S’adapter à son époque : la nécessité d’un nouveau périmètre

2En 1973, sept communes limitrophes sont associées à la ville de Caen pour former le District de Caen. Son poids démographique s’élève à 122 000 habitants en 1975 (dont 110 000 pour Caen). Puis en 1990, dix autres communes voisines viennent élargir ce périmètre : la ville nouvelle d’Hérouville-Saint-Clair (25 000 habitants), les communes industrielles et ouvrières de l’est et du sud de l’agglomération : Mondeville, Colombelles, Giberville, Cuverville, Cormelles-le-Royal, Fleury-sur-Orne, ainsi que des communes de l’ouest : Saint-Contest, Authie, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe. Il s’appelle désormais le District du grand Caen et compte alors 190 000 habitants, avec toujours une majorité de personnes (113 000) vivant à Caen.

3Ce regroupement se dote des compétences prévues par la législation : urbanisme, habitat et environnement, assainissement et lutte contre les inondations, secours contre les incendies, développement économique (reconversion du site de la société métallurgique de Normandie, lancement de zones d’aménagement concerté), formation et recherche, compétence université et enseignement supérieur, infrastructures et communications (achèvement du périphérique), accueil des gens du voyage, etc. Ce nouveau district intervient donc dans des domaines de plus en plus larges et son pouvoir de décision progresse, au détriment de celui des municipalités.

4Le District du grand Caen est donc l’expression d’une nécessité pour gérer le quotidien des habitants : les logements, les transports, les services, etc. En moins de vingt ans, entre 1973 et 1990, les Caennais et leurs élus ont dû s’adapter à plusieurs changements d’échelles géographiques. Il leur a fallu passer de la gestion d’une ville de moins de 100 000 habitants, articulée à un arrière-pays agricole, à une agglomération de dix-huit communes proches totalisant près de 200 000 habitants en 1990. Le District du grand Caen vise à répondre à la gestion du quotidien des habitants de cette agglomération, leur logement, les transports, les services, etc. Mais il a également pour but de hisser l’agglomération caennaise à un statut régional plus ambitieux. Il préfigure la communauté d’agglomération (2002-2016).

Pour citer ce document

Robert Hérin et Laura Pauchard, 2022 : « De la ville de Caen au District du grand Caen (1973-2002) : une nouvelle échelle géographique pour de nouvelles ambitions ? », in Atlas Social de Caen [En ligne], ISSN : 2779-654X, mis à jour le : 13/05/2022, URL : https://atlas-social-de-caen.fr:443/index.php?id=1087, DOI : https://doi.org/10.48649/asdc.1087.

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Bibliographie

Desquenes R. et al., 2001, Caen 1900-2000 un siècle de vie, Éditions des falaises, Caen.

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Cet atlas n'aurait jamais pu voir le jour sans le dynamisme, les exigences scientifiques et les grandes capacités d'organisation de Laura Pauchard, ingénieure d'études à ESO-Caen.
Entre 2019 et 2022, elle y a passé une très grande partie de son temps professionnel.

Laura nous a quittés le 18 août 2022 à 33 ans. Cet atlas lui est dédié.

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Résumé

En 1954, la commune de Caen est en pleine reconstruction. Elle compte 67 900 habitants. En 1951, le territoire de la Guérinière, qui dépendait jusqu’alors de la commune de Cormelles-le-Royal, est rattaché à Caen. Puis en 1952, c’est la commune de Venoix qui intègre à son tour la commune de Caen. Suivront des aménagements de limites communales avec Fleury-sur-Orne, Cormelles-le-Royal puis Hérouville-Saint-Clair. Ces modifications de périmètres politiques et administratifs très locaux ne sont que le début d’une phase historique d’extension, continue, des échelles géographiques de gestion et d’aménagement, qui n’est toujours pas achevée.

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