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Atlas Social de Caen

De l'agglomération à la métropole ?

De Caen-aux-Odons à Caen la Mer

par Jean-Michel Cador

planche publiée le 23 septembre 2020

Comme nombre de villes d’Europe, Caen a été qualifiée de « petite Venise », en raison des nombreux cours d’eau, pour la plupart artificiels, qui l’ont parcourue. Mille ans d’histoire des rivières se lisent encore dans le paysage de la ville. Aujourd’hui, de nouveaux usages et perceptions ont déplacé le centre de gravité de l’hydrosystème urbain de l’église Saint-Pierre vers la Presqu’île.

Une ville structurée autour de son réseau hydrographique

1Avant même la fondation de la cité par Guillaume le Conquérant, le bourg et les hameaux environnants se sont installés, non pas sur l’Orne, mais sur l’Odon descendant du Bocage au sud-ouest pour se jeter dans l’Orne au niveau de l’actuelle Prairie. Le Grand Odon en est issu et reste le cours principal qui a traversé la ville. Très tôt, une dérivation en fut tirée à quelques kilomètres en amont de la ville, alimentant un long bief, le Petit Odon. Depuis le vaste marécage de la Prairie, un barrage (la Chaussée Ferrée) dévie une partie des eaux de l’Orne pour rejoindre en ville les deux Odons : l’objectif est de maintenir une alimentation en eau du port de Caen au pied de l’église Saint-Pierre. Cette dérivation portera les noms de Grande Noë, Petite Orne ou encore Rigole alimentaire.

2 Ce réseau hydrographique, essentiellement artificiel, structure la ville jusqu’à la fin du 19 e siècle et sert de support à de nombreuses activités : les moulins fournissent l’énergie dès le 11 e siècle et jusque dans la seconde moitié du 19 e siècle. Les derniers sont reconvertis en pompe pour les débuts de l’alimentation de la ville en eau courante. Les deux axes principaux de la ville médiévale s’échelonnent le long du petit et du grand Odon. De nombreux ponts enjambent sans difficulté ces modestes cours d’eau. Ils permettent de parcourir la ville, complétés de passerelles légères reliant de petites places de part et d’autre du Grand Odon.

3 L’iconographie est abondante dans la seconde moitié du 19 e siècle (photographies ou peintures). Elle montre les nombreux usages de ces rivières : pour les plus importants (Grand Odon ou Petite Orne), ils sont parcourus de barques qui sillonnent la ville. De nombreux accès à l’eau sont aménagés en descente pour former les abreuvoirs nécessaires aux chevaux, au travail des lavandières, aux loisirs des pêcheurs ou des enfants. Les plus modestes rus, principalement le Petit Odon, sont autant d’égouts à ciel ouvert.

La place de l'eau dans l'histoire et la géographie de Caen

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Le 21 e siècle voit le retour de la place de l’eau dans la ville et le nouveau centre de gravité de l’hydrosystème urbain se déplace à l’autre bout du bassin Saint-Pierre, sur l’entrée de la Presqu’île. Les friches industrielles sont reconverties en immeubles d’habitation, services et bâtiments publics tandis que de nouvelles activités apparaissent ou réapparaissent sous d’autres formes : street fishing, canoë, pédalos, guinguettes.

D’une image romantique aux impératifs de l’hygiénisme

4 Cette image romantique de la Venise normande ne doit pas cacher la triste réalité : malgré leur curage annuel, ces rivières s’emplissent d’immondices et la ville est réputée être une des plus sales de France. Deux épidémies de choléra en 1849 et 1854 forcent les pouvoirs publics à organiser l’assainissement de ces rivières en les enterrant partiellement et en les doublant de canalisations. Les nécessités de l’urbanisme moderne, devant répondre aux besoins en matière d’hygiène et s’adapter au trafic croissant, aboutissent au comblement de la Rigole alimentaire fin 19 e siècle. Disparaissent alors sous la pierre, la rivière devant le chevet de l’église Saint-Pierre et le pont Saint-Pierre, icônes de la ville et symbole de la présence de l’eau. Le 19 e siècle voit aussi la mise en service du canal de Caen à la mer (1857) qui marque la migration du port toujours plus en aval.

Les traces de l'hydrographie dans la morphologie du centre-ville de Caen

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Le centre-ville de Caen porte encore dans l’organisation de son parcellaire cadastral et de la voirie, les traces des anciens Odons : leur comblement fin 19 e siècle, achevé en 1932, a laissé la place à des portions de voiries : la large rigole alimentaire a laissé la place au Bd Maréchal Leclerc et la rue Quincampoix reprend ainsi une bonne partie du petit Odon. La toponymie en conserve aussi des traces, notamment aux passages de l’Odon, du Bief ou à la rue du Moulin.

Pour citer ce document

Jean-Michel Cador, 2020 : « De Caen-aux-Odons à Caen la Mer », in Atlas Social de Caen [En ligne], ISSN : en cours, mis à jour le : 23/09/2020, URL : http://atlas-social-de-caen.fr/index.php?id=419, DOI: en attente.

Bibliographie

Cador J.M., Delahaye D., l'Orne in Carcaud N., Arnaud-Fasseta G., Evain C. Villes et rivières de France, CNRS, 2019, p.52-61

Mots-clefs

Index géographique

  • La Prairie
  • Saint-Pierre (bassin)

Jean-Michel Cador

Maître de Conférences en Géographie, Université de Caen Normandie, UMR 6554 (LETG)

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Jean-Michel Cador

Résumé

Comme nombre de villes d’Europe, Caen a été qualifiée de « petite Venise », en raison des nombreux cours d’eau, pour la plupart artificiels, qui l’ont parcourue. Mille ans d’histoire des rivières se lisent encore dans le paysage de la ville. Aujourd’hui, de nouveaux usages et perceptions ont déplacé le centre de gravité de l’hydrosystème urbain de l’église Saint-Pierre vers la Presqu’île.

Annexes (1)