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Atlas Social de Caen

De l'agglomération à la métropole ?

Les « clandestins » à Ouistreham : entre stratégies de relégation et soutiens locaux

par Margaux Vérove

planche publiée le 05 décembre 2020

Ouistreham est une station balnéaire d’environ 9 100 habitants, située au nord-est de Caen. La commune dispose d’un terminal ferries en liaison directe avec Portsmouth qui permet le transport de fret et de voyageurs. Elle est devenue un point de passage stratégique pour des migrants « sans légalité » souhaitant partir vers l’Angleterre.

1Depuis de nombreuses années, la présence de migrants « clandestins » sur le territoire de la commune est devenue un phénomène habituel. Le nombre de migrants présents est variable : il a pu atteindre deux cent personnes en 2017. Mais de façon générale, le phénomène clandestin reste faible, les autorités comptabilisant généralement une quarantaine d’exilés. Même si elle est limitée, cette présence est vue par les institutions politiques locales comme un frein économique potentiel pour la fréquentation touristique ou les activités portuaires.

Un point de passage stratégique vers l’Angleterre

2L’origine des migrants est variable. En 2016, par exemple, se trouvaient à Ouistreham des exilés venant principalement d’Afghanistan, d’Irak ou d’Iran, tous majeurs. Ils étaient présents à Ouistreham pour tenter le passage vers l’Angleterre, restant à Caen le reste du temps pour pouvoir se loger dans des squats. Aujourd’hui, une cinquantaine de migrants est présente à Ouistreham. Ce sont de très jeunes hommes originaires du Soudan, dont une grande partie est mineure. Les allers-retours entre Caen et Ouistreham apparaissent moins fréquents. La plupart d’entre eux reste sur la commune, dans des abris de fortune. Il semble également que le statut juridique des exilés ait évolué : il y a quelques années, la France était un pays de transit pour les migrants présents à Ouistreham, puisqu’ils souhaitaient demander l’asile en Angleterre. Aujourd’hui, on retrouve ce cas de figure, mais une part importante d’entre eux a été déboutée de sa demande d’asile et choisit, en dernier recours, de partir pour l’Angleterre.

3 Presque tous les exilés de Ouistreham souhaitent donc partir vers le Royaume-Uni. Aux yeux des institutions, ils deviennent alors « illégitimes » à recevoir une aide. La mise en place de moyens pour leur accueil apparaît injustifiée, puisqu’ils ne veulent pas s’établir en France. Le maire de Ouistreham ne souhaite pas mettre en place d’aide humanitaire, par peur que cette dernière stimule une augmentation du nombre de migrants dans la commune : « Les solutions d'hébergement existent à Caen, pas ici, il faut éviter l'appel d'air »  (Le Monde, 25/10/2017).

4À Ouistreham, les exilés vivent donc de façon précaire au vu de leurs moyens financiers et matériels, qui sont presque inexistants. À la précarité matérielle des migrants, s’ajoutent de nombreux facteurs aggravants. Du fait de leur vie chaotique, les migrants sont souvent fragiles du point de vue psychologique. De plus, ils ne maîtrisent pas toujours la langue française, pourtant indispensable pour se faire comprendre et disposer d’aides. Cumulés, ces différents facteurs font des personnes migrantes des sujets particulièrement vulnérables.

La solidarité citoyenne locale face à l’invisibilisation

5Face à la précarité des exilés, un collectif de citoyens s’est créé en septembre 2017 : le Collectif d’Aide aux Migrants de Ouistreham (CAMO). Il a pour but de répondre aux besoins les plus élémentaires, notamment distributions de repas, dons de vêtements et de couvertures. Assez rapidement, des habitants de la commune ont également ouvert leur logement aux exilés : pour leur donner accès à des sanitaires, pour un café ou encore pour leur proposer un lit durant un temps plus ou moins long. Plus récemment, le collectif s’est organisé pour que des bénévoles spécialisés offrent des aides juridiques ou des suivis médicaux.

6Selon les bénévoles, les forces de l’ordre détruisent presque quotidiennement les installations des migrants, confisquent leurs effets personnels (duvets, matelas, couvertures, etc.), éteignent les feux et utilisent parfois des gaz lacrymogènes pour éloigner les exilés (Ouest-France, 07/02/2019). Ces formes d’évictions ne sont pas récentes puisque les personnes migrantes ont été progressivement repoussées vers l’extérieur de Ouistreham. Parfois, les forces de l’ordre les délogent de leur abri de fortune, parfois la municipalité arase les zones arbustives où les exilés se cachaient, parfois des vigiles sont chargés de les repousser : le but étant de faire en sorte qu’aucune installation ne devienne pérenne. On cherche à invisibiliser les migrants.

Image

Figure 1 : Des migrants de moins en moins visibles (2012-2019)

Carte : M. Vérove, L. Pauchard

Pour citer ce document

Margaux Vérove, 2020 : « Les « clandestins » à Ouistreham : entre stratégies de relégation et soutiens locaux », in Atlas Social de Caen [En ligne], ISSN : 2779-654X, mis à jour le : 05/12/2020, URL : https://atlas-social-de-caen.fr/index.php?id=505, DOI: en attente.

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Bibliographie

Caloz-Tschopp M., (2004), Étrangers aux frontières de l’Europe et le spectre des camps, La Dispute, Paris, 251 p.

Verove M., (2017), Les politiques migratoires d'accueil après le démantèlement de la Jungle de Calais et leurs conséquences sur les conditions de vie des migrants. : Étude de l'accueil dans les espaces transitoires en Normandie et dans le Calaisis, mémoire de master 2 recherche, Université de Caen Normandie, 71 p.

Dumont I., (2007), Tapecul, squat et soleil - vivre la détresse sociale dans le centre ville, Presses universitaires de Caen, Paris, 131 p. https://books.openedition.org/purh/6706

Laacher S., (2012), Ce qu'immigrer veut dire : Idées reçues sur l'immigration, Le cavalier bleu, Idées reçues, Paris, 187 p.

Index géographique

Margaux Vérove

Doctorante en géographie, Université de Caen Normandie, UMR 6590 Espaces et Sociétés (ESO)

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Résumé

Ouistreham est une station balnéaire d’environ 9 100 habitants, située au nord-est de Caen. La commune dispose d’un terminal ferries en liaison directe avec Portsmouth qui permet le transport de fret et de voyageurs. Elle est devenue un point de passage stratégique pour des migrants « sans légalité » souhaitant partir vers l’Angleterre.

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