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Atlas Social de Caen

De l'agglomération à la métropole ?

La Plaine de Caen : une vocation légumière méconnue

par Pierre Guillemin

planche publiée le 24 septembre 2020

Dans la plaine de Caen, divers systèmes d’exploitation agricole intègrent une production de légumes, de manière principale ou secondaire. La diversité des modes de production agricole correspond à cinq circuits de distribution différents. La production de légumes a de l’avenir, d’autant que le taux de couverture de la consommation peut être amélioré.

1En 2010 en Basse-Normandie, 20 % des 695 exploitations productrices de légumes étaient des exploitations de grandes cultures. Un grand nombre d’entre elles étaient localisées dans la Plaine de Caen : dans le bassin maraîcher séculaire de Luc-sur-Mer, au nord et au sud de la Plaine, notamment au nord de Morteaux-Couliboeuf. La diversité des structures caractérise les céréaliers qui intègrent des légumes de plein champ à leurs assolements ordinaires : souvent 10 à 40 ha ou 40 à 100 ha, voire plus de 100 ha. La moitié des exploitations mobilisent un à deux travailleurs, mais certaines dépassent largement cinq salariés, permanents et saisonniers. Dans ce cas, division du travail rime avec stratifications et qualifications salariales. La faible diversité des espèces de légumes cultivées est liée à une forte intégration à l’industrie de transformation. On peut comparer ces systèmes d’exploitation à ceux des plaines du Nord de la France ou de Wallonie.

Cultures et filières légumières dans la Plaine de Caen

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Cinq circuits de distribution

2 Autour de Caen, ces productions légumières constituent des ateliers très rémunérateurs. Les cultures de salades, de choux et de carottes occupent le bassin de Luc-sur-Mer, ainsi que ses extensions rétro-littorales. La culture des oignons, souvent associée à celle de la pomme de terre, bénéficie quant à elle du pôle d’irrigation développé pour le lin entre les deux guerres par les immigrés flamands. Ces légumes sont écoulés selon cinq circuits de distribution (désignés par les lettres A, B, C, D et E).

3 Quatre producteurs ont résisté au déclin de la vente sur le carreau du marché de gros (A). Eux et d’autres revisitent la vente directe (B). Deux coopératives structurent la filière légumière caennaise. En 2015, 4 000 t. de carotte, 3 000 t. d’oignon, 1 000 t. de salade et 500 t. de céleri rave représentaient 5 % des récoltes de l’Association des Organisations de Producteurs Jardins de Normandie . Ces légumes sont destinés aux usines d’ Agrial (C) pour les marchés des 1 ère gamme (frais) et 4 ème gamme (légumes frais prêts à consommer). Ils sont également vendus à des clients comme McDonald ’s ou Lidl . Le site ferroviaire de Moult, historiquement dédié aux engrais, héberge une chambre froide. Les carottes récoltées en novembre y sont stockées avant leur livraison à Lessay au printemps, quand celles de la Manche viennent à manquer. L’été, elle sert au stockage des choux, des salades iceberg et romaine destinées au marché du frais, alors que les Icebergs destinées à la 4 ème gamme partent, sitôt récoltées à Lessay ou refroidies à la ferme, pour les usines Florette du sud de la France ou de Cambrai.

Les légumes, cultures d’avenir ?

4 La branche légumes et pommes de terre La Coop de Creully (D), présidée par un céréalier conduisant un atelier légumier, réalise un peu plus de quatre millions d’euros de chiffres d’affaires. Sept adhérents utilisent la station pommes de terre pour externaliser la logistique, la facturation et la gestion des consignes. La coopérative vend les légumes des producteurs (betteraves cuites, cucurbitacées bio, choux, oignons, persil, salades, etc.) aux centrales d’achat locales de Système U et Carrefour . Elle ne s’octroie qu’une simple marge administrative, à l’inverse d’une logique intégratrice. Restent les indépendants (E), tel un producteur-expéditeur important qui approvisionne les grandes surfaces régionales en endives (30 ha). Il vend aussi ses racines aux petits maraîchers pour le forçage en terre du chicon. Avec la fermeture de la sucrerie de Cagny en 2020, les céréaliers pourraient développer les cultures légumières. L’un d’eux a déjà converti une partie de son atelier légumier en agriculture biologique.

Taux de couverture théorique de la consommation en légumes frais par la production agricole locale

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Si l’on compare la consommation et la production des légumes dans l’aire urbaine de Caen, le taux de couverture s’élève à 104 %. Ce dernier est théorique car il faut retrancher partiellement la production exportée : celle d’ Agrial vers ses usines, celle de la Coop de Creully et celle du marché de gros, écoulée jusque dans l’Orne et la Manche. De ce fait, le taux de couverture initial peut être aisément divisé par deux. Il existe donc une marge de progression au profit de nouvelles cultures légumières et maraîchères.

Pour citer ce document

Pierre Guillemin, 2020 : « La Plaine de Caen : une vocation légumière méconnue », in Atlas Social de Caen [En ligne], ISSN : en cours, mis à jour le : 24/09/2020, URL : http://atlas-social-de-caen.fr/index.php?id=351, DOI: en attente.

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Bibliographie

Assens  C., 2013. Entre territoire et marché. La stratégie bipolaire des coopératives agricoles françaises,  Revue française de gestion , n°230, p. 35-54. URL :  https://www.cairn.info/revue-francaise-de-gestion-2013-1-page-35.htm .

Brunet  P., 2006. Les agriculteurs étrangers en Basse-Normandie,  in   Diry  J.-P. (dir.),  Les Étrangers dans les campagnes ,   Clermont-Ferrand, Presses de l’Université Blaise-Pascal, p. 361-368

Guillemin  P., 2019a. La grande exploitation maraîchère en Normandie : entre intensité productive et alternatives agrialimentaires,  Histoire & Sociétés Rurales , vol. 51, n° 1, p. 159-188. DOI : 10.3917/hsr.051.0159.

Marie  M.,  Guillemin  P.,  Gunenoc  D.,  Bermond  M.,  Maréchal  G.,  Bailleul H.,  Darrot C.,  Pecqueur  B., 2018. Décrire et comparer les systèmes alimentaires urbains. Proposition d’un jeu d’indicateurs pour onze aire urbaines françaises,  12 ème  JRSS de la Société Française d’Économie Rurale , Nantes, 15 p. URL :  https://www.sfer.asso.fr/source/jrss2018/articles/D23_Marie.pdf .

Muller  C., 1977.  Les fruits et légumes dans le Calvados. Consommation Production Commerce . Thèse de doctorat en géographie, Université de Caen, 281 p.

Pierre Guillemin

Doctorant en Géographie, Université de Caen Normandie, UMR 6590 Espaces et Sociétés (ESO)

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Laura Pauchard

Ingénieure d'études, UMR 6590 Espaces et Sociétés (ESO), Université de Caen Normandie

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Résumé

Dans la plaine de Caen, divers systèmes d’exploitation agricole intègrent une production de légumes, de manière principale ou secondaire. La diversité des modes de production agricole correspond à cinq circuits de distribution différents. La production de légumes a de l’avenir, d’autant que le taux de couverture de la consommation peut être amélioré.

Annexes (1)